Constructions Ecologiques en Tunisie

L’expérience d’un couple de fermiers permaculteurs dans la construction d’un éco-dôme haut de 6 mètres à Hajeb El Ayoun.

Corinne et Basset Abbassi sont un couple de fermiers permaculteurs Franco-Tunisien installés en Tunisie depuis 2011.

Il se sont lancés dans un projet d’éco-construction bien intéressant dans leur ferme et Corinne a été bien aimable de répondre a nos questions.

Pourquoi vous êtes vous lancés dans ce type de constructions?

Notre projet de ferme en permaculture est un projet global de vie, avec un engagement profond pour le respect de la nature. Personne n’ignore plus aujourd’hui l’impasse de l’agriculture conventionnelle, et plus généralement de la société post industrielle de consommation. Nous sommes convaincus de la nécessité de se reconnecter à la nature, tout en utilisant les connaissances techniques et scientifiques modernes au service du bon sens ancestral.
Ainsi la technique du superadobe en est un bon exemple : à la base, une technique ancestrale de construction en terre, alliée à des matériaux modernes, qui lui apportent facilité de mise en œuvre et résilience. En effet le superadobe consiste à remplir des sacs ou tube de sac en polypropylène avec un mélange à base de terre. Cette technique peut s’employer pour construire tout type de bâtisse.
Nous avons choisi de construire en forme de dôme car la hauteur de plafond et la forme en coupole du toit, alliées à l’épaisseur des murs, sont des modèles ancestraux d’architecture bioclimatique en Tunisie. Nul besoin de climatiseur ou de chauffage gourmands pour obtenir un confort thermique. De plus en utilisant des matériaux disponibles sur le site ou localement, on diminue fortement le coût de construction. Le coût financier d’une part et surtout le coût environnemental, trop souvent oublié quand on fait l’addition.

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C’est ainsi que nous nous sommes lancés dans la construction d’un dôme de 6 mètres de diamètre et de presque 6m de haut. Notre terrain était dépourvu de toute structure et de fait, nous habitons en ville à Hajeb el Ayoun. Nous ne projetons pas de nous installer tout de suite à la ferme, cependant, une pièce à vivre est indispensable sur place. Nous avons toujours aimé les habitats circulaires, nous avons d’ailleurs vécu plusieurs années dans une yourte. Nous étions installés sur un terrain prêté par un agriculteur, dans le sud est de la France. Quatre merveilleuses années de vie sobre et heureuse. Nous n’avions pas l’eau courante, et étions raccordés à l’électricité. Nous entretenions un petit potager et un rucher, de quoi mener une vie saine, qui ne demande pas beaucoup d’argent.

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C’est pourquoi le dôme avec sa forme ovoïde harmonieuse et douce nous a plu. Et la technique de construction en superadobe semblait accessible aux profanes du bâtiment que nous sommes. Basset a saisi l’opportunité de se former à la technique lors d’un stage organisé à la ferme Ecofarm de Mornag, une étape essentielle sans laquelle il aurait été irresponsable de se lancer.

 

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Comment se sont passés les travaux?

Entre le premier coup de pioche et la fin du gros œuvre il s’est passé plus d’un an!
Depuis le début de notre projet, nous avons la volonté de diffuser des connaissances et techniques et pour cette construction nous avons voulu partager aussi à travers un chantier participatif. Avec le recul ça faisait trop de nouvelles expériences à appréhender en même temps : gérer des participants et mener le chantier, s’est révélé compliqué pour nous.
En effet le principe du chantier participatif est de rassembler les bonnes volontés qui donnent de leur énergie en contrepartie du gîte et du couvert. Il faut donc pouvoir assurer une certaine intendance, et dans notre configuration (lieu excentré, enfants en bas âge…) c’était lourd et très fatiguant. De plus les bonnes volontés sont enthousiastes certes mais pas toujours formées et habituées aux dures journées de construction. Car un chantier ne peut pas s’interrompre à n’importe quel moment.
Enfin le dernier point qui nous a surtout incités à trouver une autre approche c’est la disponibilité réduite des personnes qui se sont engagées au départ avec nous: une semaine laisse tout juste le temps de s’approprier les gestes et trouver la cadence; c’est beaucoup d’énergie investie pour un faible résultat. Loin de nous l’idée de minimiser l’apport de ces personnes qui se sont données à fond, simplement la formule n’était pas adaptée aux besoins de ce type de chantier. Nous avons été contraint de stopper le chantier pour plusieurs mois.
Entre les aléas d’organisation et l’intensité physique du chantier ce fût une aventure laborieuse, certes, mais aussi réjouissante et riche d’enseignements. Et bien sûr une aventure humaine aussi: des rencontres multiples, les joies et les humeurs de la vie ensemble, l’entraide, le partage et parfois aussi les désaccords et les séparations. Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont contribué.
Côté concret, nous estimons le coût de la construction à 3500 dinars pour une pièce de 6m de diamètre avec un étage, sans l’aménagement intérieur. La technique du superadobe est abordable sans trop de connaissances complexes néanmoins, une formation de base aux gestes, au mélange et à un peu de théorie est indispensable. Il ne faut pas oublier l’énorme responsabilité de construire un édifice qui ne s’effondre pas. Ainsi nous avons toujours été assistés par Davide et Donato (les formateurs de Mornag) qui sont venus poser les bases du chantier et qui nous ont ensuite donné leurs conseils à distance.

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Recommanderiez vous l’expérience à d’autres fermiers?

Lorsqu’on a une équipe formée et stable pour toute la durée du chantier, le superadobe est une technique aux nombreux atouts : rapidité, intégration dans le paysage (pour les dômes), utilisation de la terre comme matériau principal, bien-être et confort bioclimatique, bien adapté au climat tunisien.
Le principal point négatif selon nous est l’utilisation du sac plastique neuf. La construction avance plus vite et gagne aussi en cohésion lorsqu’on utilise le tube de polypropylène neuf (avant qu’il soit découpé en sacs), mais le coût écologique est un compromis non négligeable. Pour autant, le polypropylène ne dégage pas de composés volatils nocifs une fois enfermé sous l’enduit et la construction est faite pour durer. L’usage de sacs de récupération est plus cohérent pour caractériser cette technique d’écologique.
Nous avons d’autres constructions à réaliser et notamment un bâtiment de travail pour le stockage de matériel, récolte, avec un atelier. Nous avons envie cette fois d’expérimenter la construction en botte de pailles porteuses. Nous avons dans notre entourage des personnes expérimentées, et nous avons aussi la surface pour produire au moins une partie des bottes, sous réserve cependant de trouver la bonne botteleuse, car il faut une certaine tension au niveau de la compression de la botte. Sans ça, il nous faudrait une structure en bois, où la paille ne serait qu’un remplissage des murs, sans avoir de fonction porteuse. Pour nous ça pourrait remettre en question le choix de la paille car le bois n’est pas une ressource locale. C’est donc un matériau coûteux et trop traité.
Dans ce cas, nous opterions sûrement pour la brique d’adobe crue avec un bâtiment partiellement enterré, pour tirer la terre nécessaire à la construction directement et bénéficier de plus d’isothermie. En effet, c’est le principe de l’habitat troglodyte, où la température intérieure varie peu tout au long de l’année.
Ce qu’il faut se dire c’est que ce n’est pas plus simple de construire avec des matériaux modernes non écologiques comme les parpaings et le ciment. Simplement on ne voit pas toute la complexité de leur mise en œuvre: qui saurait fabriquer son ciment ou ses parpaings? Alors qu’une brique en terre est à la portée d’un enfant!
Il est temps de se réapproprier les savoirs faire essentiels à nos vies et en assumer la responsabilité. Je mange, alors je dois savoir produire une partie de ma nourriture; j’ai besoin d’un abri, je dois savoir en construire un; je produits des déchets, je dois trouver une façon de les valoriser… et tout ceci est beaucoup plus simple dans un mode de vie écologique.

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Photo de: Elyes Mkacher & Basset Abbassi

 

 

 

 

 

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