La pêche à la langouste en Tunisie

‘’ Le goût de notre langouste, nos petits-enfants ne le connaîtront malheureusement pas’’

Comme chaque année en Tunisie, la campagne de pêche à la langouste commencera le 1er mars et s’étendra jusqu’au 30 Juin dans les eaux territoriales, et jusqu’au 15 Septembre dans les eaux internationales. Mais le crustacé se faisant de plus en plus rare, les pêcheurs sont contraints de s’aventurer dans des zones de pêche lointaines, usant plus de carburant et passant plus de temps en mer. « Les jeunes d’aujourd’hui ne sont plus intéressés par le secteur de la pêche. Après des campagnes de pêche à bord de mon bateau, ils me décrivent souvent mon métier avec ces mots : beaucoup d’efforts pour une récompense en diminution constante ! Et ils ont raison» Nous confie Mohamed Jaziri, un pêcheur de langouste à Bizerte.

langouste

Les pêcheurs de langouste des ports de pêche de Kelibia, Bizerte et Tabarka, représentant une centaine de barques, sont aussi témoins de cette diminution du stock. Tous partagent un pessimisme certain pour l’avenir de la pêche à la langouste, qui assure pourtant l’employabilité et la survie d’environ mille familles. « Le goût de notre langouste, nos petits-enfants ne le connaîtront malheureusement pas» affirme Ahmed Grafi, pêcheur et propriétaire d’un langoustier à Sidi Daoud. «La surpêche, le changement climatique et la détérioration des fonds marins sont parmi les raisons importantes de cette diminution».

 

La langouste est un crustacé marin à haute valeur commerciale et sociale en méditerranée et en Tunisie notamment, où elle vit sur les fonds rocheux autour des îles de la Galite, au large de Cap Serrât et Cap Blanc et dans les hauts fonds des Esquerquisses. Ces fonds marins présentent des écosystèmes à biodiversité exceptionnelle.

 

Dans les eaux tunisiennes deux espèces de langouste peuvent être rencontrées. La langouste rouge Palinurus elephas, très prisée, occupe les fonds entre 50 et 200 mètres et subit une grande pression de pêche, et la langouste blanche Palinurus mauritanicus vivant dans des profondeurs peu accessibles (entre 200 et 400 mètres) et possédant une valeur commerciale bien plus faible que celle de la langouste rouge.

Autrefois, les pêcheurs utilisaient les nasses, des pièges construits en feuilles de palmiers, une méthode qui ne nuit en aucun cas aux fonds marins mais présentant des inconvénients en terme de quantités de langouste capturées et de logistique. Le filet trémail ‘’mbatten’’ a peu à peu remplacé ces nasses traditionnelles. D’une efficacité redoutable, il a augmenté le rendement du travail, mais a aussi causé certains dégâts sur les ressources halieutiques. Il arrive aussi que les filets perdent rapidement leur efficacité s’ils restent en mer plus de temps qu’il ne faut, en raison des courants qui les emmêlent tout en s’encrassant de flore marine.

 

La pêche à la langouste avec le filet trémail reste quand même une pêche artisanale qui respecte plus les fonds marins que les chalutiers de fond. La pêche avec ces derniers est une méthode industrielle basée sur l’utilisation d’énormes filets lestés de lourds poids et équipés de roues métalliques, qui raclent les fonds marins, ramassant (et cassant) tout sur leur passage, des poissons jusqu’aux coraux centenaires.

 

Plusieurs pistes ont été envisagées et testées – et le sont toujours- pour trouver un compromis qui ménagerait à la fois les réserves et la stabilité financière des pêcheurs, sans qu’une solution pérenne n’ait jusqu’à présent émergé. Un perfectionnement des nasses serait peut être la solution de rechange pour une exploitation durable, rentable et responsable de la langouste des eaux tunisiennes ainsi qu’ailleurs en Méditerranée.

 

 

 

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