Participation de Kokopeli à la fête des semences en Tunisie, interview de son directeur, « Ananda Guillet »

Kokopelli est une association Française bien connue dans le monde de la permaculture, de l’agriculture biologique et de l’agro-écologie, pour le rôle qu’elle a joué pendant les vingt dernières années dans la préservation et la distribution de semences libres et reproductibles de variétés potagères anciennes et authentiques, principalement en France mais aussi dans plusieurs autres pays en Europe, Asie et Amérique.

L’association de permaculture en Tunisie a invité son jeune directeur, Mr Ananda Guillet pour participer à la fête des semences organisée en Octobre dernier à Chott Mariem.

Ce fut une précieuse occasion de l’écouter parler lors d’une intervention en salle, du combat à mener pour préserver la biodiversité semencière face à l’agriculture industrielle productiviste destructrice de la terre et de la nature. Nous avons alors voulu en savoir plus, Ananda a eu la gentillesse de répondre à quelques questions qu’on lui a posées.

Quel intérêt auraient les fermiers à utiliser les semences libres et reproductibles ?

Ananda: Les semences libres et reproductibles, sont des semences qu’on peut reproduire et multiplier nous-même, et ce sont des semences qui s’adaptent d’année en année au micro climat dans lequel elle sont cultivées, à la longueur de la journée, à la qualité du sol et bien d’autres particularités du lieu de culture. Au bout de quelques années de culture, un paysan peut alors avoir de bien meilleurs rendements sans avoir à utiliser les produits chimiques et engrais de synthèse qui accompagnent habituellement les semences modernes, ce qui lui fait des économies d’argent et d’énergie, mais aussi garantissent une nourriture saine qui preserve notre capital santé et celui de nos enfants.

 Qu’es qu’il y a à faire en Tunisie pour préserver nos semences reproductibles ?

 Ananda: Ce que j’ai pu observer durant cette courte visite de deux jours, c’est qu’en Tunisie, il existe un énorme potentiel humain, beaucoup de gens motivés à trouver des solutions. Mais tout reste à faire quand même. L’agriculture bio n’est pas très développée ici. Monsanto est très bien implanté. Toutes les variétés proposées dans le marché ici sont des Hybrides F1, produits de Cotugrain principalement qui est une filiale directe de Monsanto. En Tunisie on ne cultive pas l’OGM, par contre on l’importe en grande quantité.

Il y’a donc un énorme travail de sensibilisation à faire autour des méthodes agricoles qu’il va falloir faire évoluer.

Quel rôle peuvent jouer les jeunes dans ce combat ?

Les jeunes devraient arrêter de chercher la richesse dans les villes. Ils devraient revenir plutôt aux terres familiales ou chercher des bouts de terrains à cultiver et tenter de redévelopper ce monde fermier qui est en train de disparaitre partout dans le monde. Pour parler du cas de la France, 200 petites exploitations ferment chaque semaine. C’est les jeunes qui ont la force de relancer ces petites fermes d’une manière différente, en permaculture, en jardin forêt et beaucoup de nouvelles techniques d’agro-écologie qui ont prouvé leur efficacité, elles permettent d’être en autosuffisance, de respecter la nature, de produire plus et surtout de produire une nourriture saine. Il serait plus simple pour les jeunes de faire quelque chose de nouveau et d’innovant mais il est plus difficile de convertir un agriculteur conventionnel en exercice depuis des dizaines d’années surtout avec la propagande énorme des multinationales.

Pas la peine d’aller manifester son mécontentement dans la rue, ça ne changera rien. Le jeu est truqué et les multinationales, en complicité avec les états, sont beaucoup trop forts. Il faut plutôt se diriger vers les champs et les fermes. Un peu comme a fait kokopelli, qui a travaillé dans l’illégalité pendant vingt ans parce qu’elle a refusé d’accepter des lois qui brevettent le vivant et qui imposent aux agriculteurs quelle semence semer.

Les jeunes ont la force de changer, et pour ça, ils devraient aussi consulter les anciens, qui ont encore le souvenir des anciennes techniques, et comment se pratiquait la production de nourriture avant que les produits chimiques soient introduits et imposés au monde agricole.

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